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Charles Lenay “Hérédité et Mort: La question de l’Acquis”

Lenay, Charles 2007. Hérédité et Mort: La question de l’Acquis. Bulletin d’histoire et d’épistémologie de sciences de la vie, 14(2) : 187-202.

Il présenta la première ébauche de sa solution à Salzbourg, en 1881 (Weismann 1882 ; 1883a). Une durée de la vie naturellement limitée dans chaque espèce était un fait qui pour Weismann ne faisait aucun doute. Bien sûr, la mort peut toujours être causée par des accidents dus aux circonstances extérieures, mais il y a un maximum ultime indépassable. Or, un des grands acquis théoriques de Weismann fut de remarquer que la mort de vieillesse n’avait pas de nécessité intrinsèque dans le vivant. En multipliant les exemples dans l’immense variété des espèces il réfutait tous les arguments tentant de lier la mort « naturelle » à l’organisation interne de l’être vivant. Bien qu’un animal plus grand mette plus de temps à arriver à l’âge de sa maturité reproductrice, on n’observe pas de relation constante entre durée de croissance et durée de vie. (192)

Weismann concluait que si l’on ne pouvait trouver de cause à la mort dans la vie elle-même, on devait donc lui chercher une nécessité « externe » sous la forme d’un caractère héréditaire défini par une adaptation à l’environnement. (193)

Mais que faut-il entendre ici par « adaptation » ? Il ne peut plus s’agir de l’adaptation d’un organisme individuel à son environnement. Le caractère « durée de vie » n’est pas un caractère comme l’œil du hibou ou la bosse du chameau. Il ne donne pas un avantage direct à l’individu qui le possède. Ici, l’adaptation peut seulement se comprendre au niveau de l’espèce. Or, l’essentiel pour l’espèce c’est sa conservation, c’est-à-dire le renouvellement par la reproduction des individus enlevés par la mort. Une fois sa mission reproductrice accomplie, l’individu devenu inutile meurt, sauf s’il doit encore protéger ou éduquer les petits. : « Aussitôt que l’individu a fourni sa quote-part dans ce remplacement, il cesse d’avoir de la valeur pour l’espèce : il peut se reposer, il a fait son devoir. » (Weismann 1882 : 8) (193)

La durée de vie ne peut être qu’un caractère héréditaire dont les variations au hasard auraient été soumises à l’action de la sélection naturelle. Le hasard signifie ici, non pas que ces variations soient dénuées de causes matérielles, mais plutôt, qu’elles se produisent dans un premier temps, avant et indépendamment de l’avantage qu’elles pourront avoir quand, dans un deuxième temps, elles seront soumises à la sélection. (194)

La durée de la vie est celle de l’espèce elle-même. (194)

Il ressort donc clairement que l’hérédité d’un caractère comme la mort de vieillesse doit être autre chose que le résultat d’une simple prolongation de la croissance. Il faut renverser cette conception et imaginer que l’hérédité précède le développement. La cause de la mort précède la mort et cette cause doit se maintenir constante d’une génération à l’autre. La cause héréditaire de la limitation de la durée de la vie détermine ce caractère tout en se conservant inchangée pour être transmise à la descendance. (194)

Il y a une différence de nature entre cause et effet, entre la substance immortelle qui se transmet, et les caractères qu’elle détermine dans l’organisme mortel. (195)

Tant que les cellules germinatives se divisent en deux parties strictement égales (à la façon des unicellulaires), elles conservent toutes leurs propriétés et en particulier cette faculté de division à l’infini. Tout comme dans l’ancienne théorie, c’est une continuité matérielle qui est à la source des phénomènes de l’hérédité. Mais il y a maintenant une différence importante : les cellules germinatives sont aussi capables d’une division inégale qui donne naissance à des cellules somatiques dont le nombre de divisions est limité. (195)

Weismann allait rapidement généraliser ce rejet de l’hérédité de l’acquis : l’ensemble des caractères héréditaires serait déterminé par la substance des cellules germinatives (le « plasma germinatif ») qui se maintient identique de génération en génération (Weismann 1883b). (196)

Medawar se demande tout d’abord, sur quelle base affirmer que la présence de vieux est désavantageuse pour le groupe ? Ceci ne peut être vrai que si l’on a déjà admis qu’il y avait une sénilité dans la vieillesse, phénomène qu’il faudrait d’abord expliquer. Pourquoi, si l’on reconnaît que les unicellulaires sont capables de se diviser à l’infini, ne pourrait-on pas imaginer que le corps soit aussi capable de réparation à l’infini et surtout, pourquoi ne maintiendrait-il pas constante sa capacité de reproduction ? (197)

C’est dans les conditions très artificielles d’un laboratoire que l’on peut observer la mort « naturelle ». Laissé dans la nature l’animal aurait probablement été éliminé depuis longtemps. Dans cette mesure, la mort de vieillesse n’est en fait qu’un « artefact de laboratoire ». Dès lors, le caractère durée de vie ne peut plus être considéré comme un caractère indépendant subissant une sélection particulière. Le fait de la mort de vieillesse ne peut donc se comprendre qu’en corrélation avec d’autres caractères. (197)

Un grand résultat de la réflexion de Weismann qui s’est maintenu ensuite, a été de proclamer que la mort de vieillesse n’était en rien une nécessité intrinsèque au vivant. La mort dites « naturelle » n’a rien d’essentiel. Elle est un effet de l’hérédité, même si comme le montre Medawar, ce n’est pas un caractère héréditaire indépendant. Le fait absolument général et essentiel au vivant, c’est plutôt la mort accidentelle : tout ce qui est vivant est par définition mortel. La mort n’est pas nécessaire, elle est « seulement » inéluctable. C’est la forme la plus brutale de la finitude. La mort de vieillesse n’en est que la conséquence. Dans la mesure ou la mort n’est plus une détermination intrinsèque à la vie, la lutte est possible. On peut imaginer que la médecine continuera le combat repoussant toujours plus loin la survie individuelle. Mais dans la mesure ou la vie porte essentiellement la possibilité de ma mort accidentelle, on sait que cette lutte ne pourra jamais s’achever. (199)

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