Home > esteetika, Freddy Decreus, Jan Mukařovský, kirjandus > Freddy Decreus “La notion de “valeur esthétique” dans l’esthétique structurale de Jan Mukarovsky”

Freddy Decreus “La notion de “valeur esthétique” dans l’esthétique structurale de Jan Mukarovsky”

Decreus, Freddy 1986. La notion de « valeur esthétique » dans l’esthétique structurale de Jan Mukarovsky. Application au poème 56 de Catulle. Philosophica 38(2) : 77-106.

Au centre de ce mouvement “formaliste” (1916-1930) se manifeste en tout cas un désir très fort de ne plus analyser la dimension esthétique par des modèles extrinsèques (d’origine génético-positiviste), mais, par contre, d’en décrire la spécificité à l’aide d’un modèle sui generis : la science littéraire se réserve comme objet d’étude la “littérarité”, ou, selon les mots de Jakobson, “ce qui fait d’une oeuvre donnée une oeuvre littéraire” (1921: 15). (77-78)

Ainsi M. a été le premier à vraiment mettre en rapport le structuralisme et les études esthétiques (6). Remarquons pourtant qu’il n’a jamais pensé à cet égard développer une théorie ou une méthode bien déterminée, mais qu’il a toujours soutenu qu’il ne s’agit que d’un point de vue épistémologique, d’où peuvent sortir des règles ou des questions méthodologiques. (78-79)

Cette thèse dialectique de la relation entre un tout et ses parties exclut aussi la possibilité de concevoir la structure comme une “Gestalt” (à cause d’une “Gestalt qualität” supplémentaire, qui se situe en dehors des caractéristiques des parties), ou comme une “composition” (ses principes organisateurs comme les proportions, les symétries, ou les relations concentriques ne se pénètrent pas mutuellement) (1945: 20-24). (80)

M. a soutenu depuis l’année 1940 que la structure est d’un caractère énergétique et dynamique. Par “énergétique” il entend dire que tous les éléments ont une certaine fonction à remplir dans une unité qui leur est commune; par l’aspect “dynamique” du tout structural il veut indiquer que les différentes fonctions et leurs relations mutuelles sont assujetties à des changements continuels. La structure du tout se situe donc, à vrai dire, dans un mouvement ininterrompu, ce qui n’est point le cas pour un tout d’ordre additif, ni pour une composition ou un schème, puisque ceux-ci ne sont perturbés par aucun changement (1940a: Il). (80)

Ce qui caractérise la survie de la structure est précisément le fait que son équilibre interne est perpétuellement perturbé, mais qu’il est aussi chaque fois (re )construit. L’unité de la structure doit pour cela toujours être considérée comme un “wechselseitiger Ausgleich der energien” (1947: 8), qui assume le caractère d’un véritable procès (11). De là on comprend que la structure est à chaque moment aussi bien elle-même et pas elle-même: elle est “virtuell ein Abklingen des vergangenen Zustandes und der Beginn des Künftigen” (1947: 8). (80-81)

L’art est ensuite conçu comme le domaine dans lequel la fonction esthétique domine les autres fonctions d’ordre pratique (16). “L’esthétique elle-même est définie comme “l’étude de la fonction esthétique, de ses manifestations et de ses véhicules” (Steiner”, 1978, XXVII). Cette définition est d’importance, ne fût-ce que pour la position anti-essentialiste et anti-substantialiste qu’elle véhicule (17). (83)

Dans un sens très général, M. comprend par le terme de fonction, la relation active soit entre un objet et le but dans lequel cet objet est employé, soit entre un sujet et sa propre réalisation dans le monde extérieur. (83)

Dans ses premières études M. accorde beaucoup’ d’importance à définir la notion de fonction appliquée à un objet. A l’encontre de toutes les fonctions pratiques la fonction esthétique renvoie à l’objet même au lieu de renvoyer à un autre objet ou sujet. Avant lui, Tynjanov avait pris soin de définir la “Synfunktion” et 1″‘Autofunktion” d’un élément littéraire, mais il l’avait surtout fait dans les limites d’un système à deux entrées (synchronie – diachronie), sans perdre de vue toutefois qu’elle était susceptible d’évoluer. (83)

Dans un de ses articles du début des années ’40 – une époque, dans laquelle il s’est distancié clairement de son esthétique immanente d’autrefois pour s’orienter plutôt dans des pistes phénoménologiques – il rattache la notion de fonction à celle du sujet. Sa conception du sujet comme la source vivante des fonctions illustre bien son nouveau point de départ dans un sens sociologique et anthropologique. (84)

[…] M. propose alors de séparer la dimension matérielle du signe littéraire, “das Artefakt”, de ce que le sujet en fait lors de l’interprétation, c-à-d. lorsqu’il le transforme en “objet esthétique” (1934a: 387-391). (84)

En ce qui concerne les trois composantes du système axiologique de M., voilà une première définition: “By function we understand an active relation between an object and the goal for which this object is used. The value then is the utility of this object for such a goal. The norm is the rule or set of rules which regulate the sphere of a parlicular kind or category of values”. (85)

En effet, en dehors de l’art, la valeur est subordonnée aux normes, mais dans le domaine de l’art, il se trouve que c’est la norme qui est subordonnée à la valeur. En dehors de l’art, remplir la norme veut dire autant qu’obtenir la valeur; par contre, dans les manifestations artistiques la norme est dépassée à beaucoup de reprises. En ce qui .concerne sa nature, la norme artistique est aussi beaucoup plus dynamique et changeante que les normes disons. éthiques ou linguistiques. Ce qui caractérise aussi la norme est son désir de validité illimitée; en même temps, néanmoins, elle doit reconnaître que cett~ tâche est impossible à réaliser. (86)

Dans un premier moment il rejette l’idée que les constantes anthropologiques puissent être considérées comme responsables de l’émergence d’une valeur objective (permanente, indépendante); en effet, l’oeuvre d’art a un caractère sémiotique très prononcé et renvoie donc à l’homme en tant que membre d’un groupe social bien organisé (1936c: 83) et non à l’homme comme simple constante anthropologique (Steiner, 1978: XXX). Dans une publication citérieure, étudiant ‘les valeurs esthétiques “universelles” (et non plus “objectives”), M. a repris l’analyse des constantes anthropologiques, tout en y intégrant plus étroitement le “sujet”. La base de la valeur esthétique universelle doit être cherchée dans la constitution anthropologique de l’homme, mais elle ne se réalise d’une façon esthétique que sous certaines conditions. C’est pourquoi il examine comment l’oeuvre d’art est en état de s’adresser à la totalité des expériences du sujet et comment l’attitude générale du sujet aide à la détermination des fonctions esthétiques. (88)

Advertisements
  1. No comments yet.
  1. No trackbacks yet.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: