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Martine Leibovici “Biopolitique et compréhension du totalitarisme”

Leibovici, Martine 2005. Biopolitique et compréhension du totalitarisme. Foucault, Agamben, Arendt. Tumultes 25 : 23-45.

[…] entre les politiques de la vie considérant les populations comme des ensembles vivants — qu’elles soient menées par des Etats totalitaires ou par des Etats démocratiques — et l’organisation de la mort dans les camps, il y aurait un rapport de lumière à ombre, comme si on avait affaire aux deux faces d’un seul et même phénomène. L’ombre plus ou moins cachée dans la démocratie viendrait à effectivité dans le totalitarisme. (25)

Faisant passer à l’arrière-plan la vieille mise en scène de la souveraineté dans les supplices publics, la discipline pénitentiaire se met en place à l’ombre de la souveraineté, mais se développe d’une manière qui lui est irréductible aussi bien dans ses mécanismes que dans les discours qui les accompagnent. Présentes aussi dans les ateliers ou les hôpitaux psychiatriques, les disciplines sont des micro-pouvoirs qui ne s’exercent pas nécessairement à partir de l’Etat mais au sein d’institutions disséminées dans toute la société. (27)

Mais ce qui distingue en général le biopouvoir — qu’il soit « anatomo-politique » ou « biopolitique » — du pouvoir souverain est qu’il s’applique aux corps par des normes plus que par des lois. Pour prendre la vie en charge, soit pour la discipliner, c’est-à-dire la rendre productive, soit pour la réguler, la corriger ou la protéger, le biopouvoir doit en passer par des régulations de plus en plus fines, alors que la loi est caractérisée par sa généralité. Contrairement à la loi, la norme n’interdit ni ne prescrit rien, elle est directement formatrice du comportement de l’individu et le conforme à celui des autres. De ce point de vue, la différence entre les biopolitiques et l’anatomo-politique est que seules les premières supposent l’Etat comme organe régulateur. Non pas l’Etat souverain mais, selon une expression apparue au XVIIe et XVIIIe siècle, l’Etat de police dont l’objet est « la vie en société d’individus vivants13 ». Investi d’un pouvoir biopolitique, c’est l’Etat de police et non l’Etat souverain qui fonctionne selon la norme plus que selon la loi. (28)

[…] renforcer la vie d’une population, la rendre plus saine, ne se fait pas sur le mode d’une victoire sur des adversaires politiques, ni sur le mode militaire de l’affrontement, mais « avec les instruments, la technologie de la normalisation ». Ici la lutte n’est pas menée sous la forme d’une guerre, mode d’exercice par excellence de la violence de l’Etat souverain opposé à un autre, mais elle est l’affaire des hygiénistes et des médecins. (30)

Ainsi, si on arrive à montrer que la structure de la biopolitique dégagée par Foucault — l’Etat moderne mettant la vie biologique au centre de ses calculs — est la même que celle de l’exclusion/inclusion de la vie au langage, du vivre au bien-vivre que pose Aristote, alors on montrera aussi qu’« en assumant (la tâche biopolitique), la modernité ne fait (…) que déclarer sa propre fidélité à la structure essentielle de la tradition métaphysique ». (36)

L’opération d’Agamben consiste à articuler explicitement une logique de souveraineté à une logique biopolitique afin d’éclairer le « faire mourir » qui est la contrepartie du « faire vivre » biopolitique. Ainsi peut-il enrichir la notion de souveraineté telle que l’entendait Foucault, de celle de mise au ban, de détermination d’un espace d’exception, où la distinction entre légal/illégal est suspendue, rendue indifférente. L’acte souverain d’édicter la norme juridique dans sa généralité suppose l’institution préalable d’une distinction entre situation normale et situation d’exception, l’état d’exception étant la doublure invisible mais instituante de la situation normale elle-même. L’espace de la loi doit ainsi toujours être référé à un espace où la loi est suspendue, cas d’espèce insubsumable et unique où se manifesterait dans tout son éclat la toute-puissance souveraine. Une telle toute-puissance n’est en fin de compte qu’un pouvoir de tuer sans que le meurtre ici soit la transgression de la loi. (36)

Il s’agit au fond de montrer que dans sa structure même, l’édiction de la loi par le souverain est solidaire d’un espace de violence absolue où quiconque y pénètre est susceptible d’être mis à mort sans que cela soit qualifié de meurtre. (37)

[…] les analyses d’Agamben qui ont le mérite d’attirer l’attention sur l’aspect biopolitique du camp de concentration, sur l’analyse de la notion même d’exception telle qu’elle s’y matérialise, l’exception n’étant pas conçue en extériorité d’avec la norme, mais comme faisant système avec elle. (39)

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