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Émile Benveniste “Sémiologie de la langue (1)”

January 22, 2013 Leave a comment

Benveniste, Émile 1969. Semiologie de la langue (1). Semiotica 1(1): 1-12

Pour lui [Peirce] la langue est partout et nulle part. Il ne s’est jamais intéressé au fonctionnement de la langue, si même il y a prêté attention. La langue se réduit pour lui aux mots, et ceux-ci sont bien des signes, mais ils ne relèvent pas d’une catégorie distincte ou même d’une espèce constante. (2)

Il faut donc que tout signe soit pris et compris dans un SYSTÈME de signes. Là est la condition de la SIGNIFIANCE. Il s’ensuivra, à l’encontre de Peirce, que tous les signes ne peuvent fonctionner identiquement ni relever d’un système unique. On devra constituer plusieurs systèmes de signes, et entre ces systèmes, expliciter un rapport de différence et d’analogie. (2-3)

La réduction du langage à la langue satisfait cette double condition : elle permet de poser la langue comme principe d’unité et du même coup de trouver la place de la langue parmi les faits humains. Principe de l’unité, principe de classement, voilà introduits les deux concepts qui vont à leur tour introduire la sémiologie. (4)

La langue se présente sous tous ses aspects comme une dualité : institution sociale, elle est mise en œuvre par l’individu ; discours continu, elle se compose d’unités fixes. […] Où la langue trouve-t-elle son unité et le principe de son fonctionnement ? Dans son caractère sémiotique. Par là se définit sa nature, par là aussi elle s’intègre à un ensemble de systèmes de même caractère. Pour Saussure, à la différence de Peirce, le signe est d’abord une notion linguistique, qui plus largement s’étend à certains ordres de faits humains et sociaux. (5)

D’une manière générale, l’objet principal de la sémiologie sera « l’ensemble des systèmes fondés sur l’arbitraire du signe ». (6)

Ces signes, pour naitre et s’établir comme système, supposent la langue, qui les produit et les interprète. Ils sont donc d’un ordre distinct, dans une hiérarchie à définir. On entrevoit déjà que, non moins que les systèmes de signes, les RELATIONS entre ces systèmes constitueront l’objet de la sémiologie. (7)

Un système sémiotique se caractérise : […]

Le MODE OPÉRATOIRE est la manière dont le système agit, notamment le sens (vue, ouïe, etc.) auquel il s’adresse.

Le DOMAINE DE VALIDITÉ est celui où le système s’impose et doit être reconnu ou obéi.

La NATURE et le NOMBRE DES SIGNES sont fonction des conditions susdites.

Le TYPE DE FONCTIONNEMENT est la relation qui unit les signes et leur confère fonction distinctive. (8)

Les caractères qui sont réunis dans cette définition forment deux groupes : les deux premiers, relatifs au mode d’opération et au domaine de validité, fournissent les conditions externes, empiriques, du système ; les deux derniers, relatifs aux signes et à leur type de fonctionnement, en indiquent les conditions internes, sémiotiques. Les deux premières admettent certaines variations ou accommodations, les deux autres, non. (9)

Le premier principe peut être énoncé comme le PRINCIPE DE NON-REDONDANCE entre systèmes. Il n’y a pas de ‘synonymie’ entre systèmes sémiotiques ; on ne peut pas ‘dire la même chose’ par la parole et par la musique, qui sont des systèmes à base différente. (9)

[…] il s’agit de déterminer si un système sémiotique donné peut s’interpréter par lui-même ou s’il doit recevoir d’un autre système son interprétation. Le rapport sémiotique entre systèmes s’énoncera alors comme un rapport entre SYSTÈME INTERPRÉTANT et SYSTÈME INTERPRÉTÉ. C’est celui que nous poserons, à grande échelle, entre les signes de la langue et ceux de la société : les signes de la société peuvent être intégralement interprétés par ceux de la langue, non l’inverse. La langue sera donc l’interprétant de la société. A petite échelle on pourra considérer l’alphabet graphique comme l’interprétant du Morse ou du Braille, à cause de la plus grande extension de son domaine de validité, et en dépit du fait qu’ils sont tous mutuellement convertibles. (10)

Tout système sémiotique reposant sur des signes doit nécessairement comporter (1) un répertoire fini de SIGNES, (2) de règles d’arrangement qui en gouvernent les FIGURES (3) indépendamment de la nature et du nombre des DISCOURS que le système permet de produire. (12)