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Freddy Decreus “La notion de “valeur esthétique” dans l’esthétique structurale de Jan Mukarovsky”

September 13, 2014 Leave a comment

Decreus, Freddy 1986. La notion de « valeur esthétique » dans l’esthétique structurale de Jan Mukarovsky. Application au poème 56 de Catulle. Philosophica 38(2) : 77-106.

Au centre de ce mouvement “formaliste” (1916-1930) se manifeste en tout cas un désir très fort de ne plus analyser la dimension esthétique par des modèles extrinsèques (d’origine génético-positiviste), mais, par contre, d’en décrire la spécificité à l’aide d’un modèle sui generis : la science littéraire se réserve comme objet d’étude la “littérarité”, ou, selon les mots de Jakobson, “ce qui fait d’une oeuvre donnée une oeuvre littéraire” (1921: 15). (77-78)

Ainsi M. a été le premier à vraiment mettre en rapport le structuralisme et les études esthétiques (6). Remarquons pourtant qu’il n’a jamais pensé à cet égard développer une théorie ou une méthode bien déterminée, mais qu’il a toujours soutenu qu’il ne s’agit que d’un point de vue épistémologique, d’où peuvent sortir des règles ou des questions méthodologiques. (78-79)

Cette thèse dialectique de la relation entre un tout et ses parties exclut aussi la possibilité de concevoir la structure comme une “Gestalt” (à cause d’une “Gestalt qualität” supplémentaire, qui se situe en dehors des caractéristiques des parties), ou comme une “composition” (ses principes organisateurs comme les proportions, les symétries, ou les relations concentriques ne se pénètrent pas mutuellement) (1945: 20-24). (80)

M. a soutenu depuis l’année 1940 que la structure est d’un caractère énergétique et dynamique. Par “énergétique” il entend dire que tous les éléments ont une certaine fonction à remplir dans une unité qui leur est commune; par l’aspect “dynamique” du tout structural il veut indiquer que les différentes fonctions et leurs relations mutuelles sont assujetties à des changements continuels. La structure du tout se situe donc, à vrai dire, dans un mouvement ininterrompu, ce qui n’est point le cas pour un tout d’ordre additif, ni pour une composition ou un schème, puisque ceux-ci ne sont perturbés par aucun changement (1940a: Il). (80)

Ce qui caractérise la survie de la structure est précisément le fait que son équilibre interne est perpétuellement perturbé, mais qu’il est aussi chaque fois (re )construit. L’unité de la structure doit pour cela toujours être considérée comme un “wechselseitiger Ausgleich der energien” (1947: 8), qui assume le caractère d’un véritable procès (11). De là on comprend que la structure est à chaque moment aussi bien elle-même et pas elle-même: elle est “virtuell ein Abklingen des vergangenen Zustandes und der Beginn des Künftigen” (1947: 8). (80-81)

L’art est ensuite conçu comme le domaine dans lequel la fonction esthétique domine les autres fonctions d’ordre pratique (16). “L’esthétique elle-même est définie comme “l’étude de la fonction esthétique, de ses manifestations et de ses véhicules” (Steiner”, 1978, XXVII). Cette définition est d’importance, ne fût-ce que pour la position anti-essentialiste et anti-substantialiste qu’elle véhicule (17). (83)

Dans un sens très général, M. comprend par le terme de fonction, la relation active soit entre un objet et le but dans lequel cet objet est employé, soit entre un sujet et sa propre réalisation dans le monde extérieur. (83)

Dans ses premières études M. accorde beaucoup’ d’importance à définir la notion de fonction appliquée à un objet. A l’encontre de toutes les fonctions pratiques la fonction esthétique renvoie à l’objet même au lieu de renvoyer à un autre objet ou sujet. Avant lui, Tynjanov avait pris soin de définir la “Synfunktion” et 1″‘Autofunktion” d’un élément littéraire, mais il l’avait surtout fait dans les limites d’un système à deux entrées (synchronie – diachronie), sans perdre de vue toutefois qu’elle était susceptible d’évoluer. (83)

Dans un de ses articles du début des années ’40 – une époque, dans laquelle il s’est distancié clairement de son esthétique immanente d’autrefois pour s’orienter plutôt dans des pistes phénoménologiques – il rattache la notion de fonction à celle du sujet. Sa conception du sujet comme la source vivante des fonctions illustre bien son nouveau point de départ dans un sens sociologique et anthropologique. (84)

[…] M. propose alors de séparer la dimension matérielle du signe littéraire, “das Artefakt”, de ce que le sujet en fait lors de l’interprétation, c-à-d. lorsqu’il le transforme en “objet esthétique” (1934a: 387-391). (84)

En ce qui concerne les trois composantes du système axiologique de M., voilà une première définition: “By function we understand an active relation between an object and the goal for which this object is used. The value then is the utility of this object for such a goal. The norm is the rule or set of rules which regulate the sphere of a parlicular kind or category of values”. (85)

En effet, en dehors de l’art, la valeur est subordonnée aux normes, mais dans le domaine de l’art, il se trouve que c’est la norme qui est subordonnée à la valeur. En dehors de l’art, remplir la norme veut dire autant qu’obtenir la valeur; par contre, dans les manifestations artistiques la norme est dépassée à beaucoup de reprises. En ce qui .concerne sa nature, la norme artistique est aussi beaucoup plus dynamique et changeante que les normes disons. éthiques ou linguistiques. Ce qui caractérise aussi la norme est son désir de validité illimitée; en même temps, néanmoins, elle doit reconnaître que cett~ tâche est impossible à réaliser. (86)

Dans un premier moment il rejette l’idée que les constantes anthropologiques puissent être considérées comme responsables de l’émergence d’une valeur objective (permanente, indépendante); en effet, l’oeuvre d’art a un caractère sémiotique très prononcé et renvoie donc à l’homme en tant que membre d’un groupe social bien organisé (1936c: 83) et non à l’homme comme simple constante anthropologique (Steiner, 1978: XXX). Dans une publication citérieure, étudiant ‘les valeurs esthétiques “universelles” (et non plus “objectives”), M. a repris l’analyse des constantes anthropologiques, tout en y intégrant plus étroitement le “sujet”. La base de la valeur esthétique universelle doit être cherchée dans la constitution anthropologique de l’homme, mais elle ne se réalise d’une façon esthétique que sous certaines conditions. C’est pourquoi il examine comment l’oeuvre d’art est en état de s’adresser à la totalité des expériences du sujet et comment l’attitude générale du sujet aide à la détermination des fonctions esthétiques. (88)

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Jan Mukařovský “The Esthetics of Language”

April 15, 2014 Leave a comment

Mukařovský, Jan 1964. The Esthetics of Language. – Paul Garvin (ed). A Prague School Reader on Esthetics, Literary Structure, and Style. Washington: Georgetown University Press, 31-69.

The esthetic function makes of the object which is its carrier an esthetic fact without any further classification; therefore it often manifests itself as a fleeting stroke touching the object, as an accident stemming from a single momentary rapport between the subject and the object.
The esthetic norm, on the other hand, is the force regulating man’s esthetic attitudes towards things; therefore the norm detaches the esthetic from the individual object and the individual subject and makes it a matter of the general relationship between man and the world of things. (31)
[…] we will henceforth call the pole constituted by the pure and unbridled esthetic function, the unstructured esthetic [esteticno nenormované], and the opposite pole of the esthetic norm, the structured esthetic [esteticno nenormované]. (31)
There remains finally the esthetic value. It is a dialectical synthesis of the two poles of the esthetic. It shares with the unstructured esthetic the trend to uniqueness, with the structured esthetic the requirement of supraindividuality and stability. (32)
And this feeling of momentary equilibrium between the uniqeu and the general, between accident and lawfulness, which at the next moment is replaced, both in the poet and the reader, by the desire for a new equilibrium, is the mental equivalent of the esthetic value. (32)
The esthetic attitude, by contrast, has a negative character in the sense that, by denying the external objective, it makes of the thing a purpose in itself. (32)
Both beauty and ugliness belong, however […] only in the area of the structured esthetic and do not hold for the unstructured esthetic where pleasure and displeasure coalesce into an inextricable mixture. (35)
[…] the esthetic consists in the fact that the listener’s attention, which has so far been turned to the message for which language is a means, is directed to the linguistic sign itself, to its properties and composition, in one word, to its internal structure. (35-36)
The unstructured esthetic in language, however, also finds a direct route to the entire community: wihtout losing its essence it may of itself become a social fact by means of imitation. If we hear or read an expression or phrase that we find esthetically pleasing, we are willing, sometimes too willing, to imitate it. (40)
The unstructured esthetic can, however, not merely become temporarily generalized, but may achieve permanence in the form of tradition. (41)
The unstructured esthetic can thus become general, even permanent, without losing its essentially unbounded character as long as it is not subject to systematization. It may, on the other hand, become systematized to a certain extent without ceasing to be unstructured if it is not generalized in this systematicity, but remains confined to a single individual. (42)
A norm, however, at least in the proper sense of the word, presupposes a generally obligatory lawfulness, and therefore the esthetic becomes structured [normované] only in the supraindividual parole. By passing on to this parole we bridge an important boundary: from the free and unique esthetic we procedd to the regulated and impersonal esthetic. (44)
A deliberate effort may contribute to the clarification and systematization of the norms, but not to their creation: the source of the norms is the joint life of the society. (45)
The structured esthetic thus appears even in those forms of language which are not, nor have been in the past, the objects of deliberate cultivation. (46)
Let us first remember that the supraindividual parole is not in itself undifferentiated, but is stratified into a variety of functional forms, such as intellectual and emotional speech, standard and conversational speech, written and spoken language, etc. Each of these functional forms has its own regularity, and the esthetic norms are different for each functional dialect. (46)
What the ethnograpger [Bogatyrev] says here is very interesting for us. The „beauty” of the mother tongue, as is shown by his statement, is not a purely esthetic matter, but is given by the function of „ourness” which is superordinate to all functions including the esthetic. (51)
The differentiation of the esthetic norm in terms of the functions of language, which we have discussed above, is another proof of its modifiability: the esthetic norm, being dependent on something as variable as the purpose of the verbal response, will obviously also vary with time. (52)
The perfection of the esthetic norm does not occur, as has been just stated, by abrupt changes in the development, but by a consistent effort which usually occupies a more extended developmental period. (53)
The esthetic perfection of language is thus a matter of common consensus. Therefore a throughly worked out set of esthetic norms for the language becomes a shackle for the individuality. (54)
The basic part played by the unstructured esthetic is to counteract the automization of the act of speech, to individualize it over and over again, with regard to both the personality of the speaker and the uniqueness of the linguistic and extralinguistic situation from which the act of speech stems. (61)
The unstructured esthetic finally furthers in both the individual and society the taste for constant changes in language […] (62)
These two aspects of the esthetic thus appear before us as two mutually opposite forces, ever struggling for dominance without the complete victory of either; their mutual relation can be called a polarity, or in other words, the structured and unstructured esthetic in language […] form a dialectic antinomy which at the same time holds them together and keeps them separate. (63)